-->

Le communicateur et l'information environnementale

 Le communicateur et l'information environnementale
Par M. MOUSSA TOURE
JOURNALISTE / SECRETAIRE GENERAL
DE LA REDACTION DE FRATERNITE MATIN
  1. INTRODUCTION

L’information environnementale s’impose de plus en plus aux communicateurs que sont singulièrement les journalistes, au même titre que les autres types d’information. C’est que le domaine de l’ //Glossary Link environnement à travers ses différentes composantes, subi sans cesse de profondes mutations qui ne laissent plus personne indifférent. La plus importante de toute et qui confère dorénavant au domaine un intérêt toujours aussi croissant, est incontestablement la question du changement climatique. Une thématique qui, dans ses différentes manifestations vole chaque année un peu plus, la vedette à nombre de sujets classiques traités par les journalistes. A cela s’ajoute l’incontournable équation du développement propre ou développement durable. Une notion exigeant désormais aux gouvernants du monde, de repenser le système de développement industriel de leurs nations. Particulièrement ceux des pays développés, dont l’actuel système prend une part prépondérante dans le dérèglement du //Glossary Link climat, entraînant ainsi, le réchauffement de la planète. Pendant qu’il est demandé aux pays émergeants et en développement d’adopter l’usage des énergies propres et des technologies qui vont avec, pour assurer le plein épanouissement de leurs populations. Ces deux facteurs entre autres raisons, justifient assez bien déjà, toute la justesse de l’initiative prise ici de promouvoir le traitement de l’information environnementale. Afin de lui donner la même valeur, le même niveau de considération que les informations à caractère //Glossary Link politique, économique, sociale, culturelle ou sportive Et cela, dans la noble optique de mieux expliquer aux ivoiriens, tous les enjeux et mécanismes qui régissent dorénavant le domaine environnemental. Mais surtout, le grand intérêt qu’ils ont à se doter d’une vraie conscience écologique nécessaire à la sauvegarde des équilibres écologiques, devant garantir le bien être des générations futures.

  1. HISTORIQUE ET EVOLUTION DE L’INFORMATION ENVIRONNEMENTALE

On ne saurait dire avec exactitude où elle a véritablement pris naissance. Toutefois, il est à remarquer que déjà au cours des années cinquante et surtout soixante, ce type d’info était bien souvent traité par les médias aux Etats-Unis. Du fait, très certainement des premiers problèmes environnementaux que causait le développement de l’industrie chimique notamment. Les médias s’intéressaient beaucoup aux conséquences des pollutions des eaux et des sols provoquées par les résidus chimiques industriels, les pesticides rejetés dans la nature et qui portaient préjudice aux habitants des grandes cités. On peut à ce titre citer dans les années soixante, la pollution subie par le fleuve Passaic dans le New Jersey. Laquelle avait entraîné la mort de milliers de poissons que les journalistes ont dénoncée. Tout comme, l’envahissement en 1967 de 15 km de berges du fleuve York en Virginie par des nappes de pétrole. Mais, ce que nombre de personnes ont considéré en la matière comme la première plus grande catastrophe écologique américaine, dont la presse s’est fait largement écho, est la marée noire qui avait envahi en 1969, plus de 200 mille hectares de la surface de la mer à Santa Barbara en Californie. Plus d’un milliard de litre de pétrole s’était alors échappé d’une plate forme pétrolière en mer.

Le traitement fait de ces différents évènements par les journalistes a fortement contribué à la promotion de l’information environnementale dans ce pays. D’autant que le public, très sensible à ces sujets qui le concernaient directement, y a porté un grand intérêt. Les catastrophes naturelles de ces dernières années, notamment les dégâts causés par le cyclone Katrina en Louisiane et plus près de nous encore les //Glossary Link fuites de pétrole sont venues encore accroître cet intérêt.

En France, depuis le milieu des années soixante les médias s’intéressent à la question. Cet intérêt a pris de l’ampleur au cours des décennies qui ont suivi, au point qu’il existe depuis quelques années dans l’hexagone une association de journalistes de l’environnement. De même que de nombreux journalistes français en ont fait leur spécialité.

En réalité aujourd’hui, tous les médias des pays développés ont compris la nécessité d’accorder une part importante au traitement de l’info environnementale. Des rubriques lui sont de plus en plus consacrées, animées par des journalistes qui se sont spécialisés en la matière. Et ce, aussi bien sur les chaînes de télévision que dans les journaux. Tout le monde a pu apprécier la focalisation des médias du monde entier sur ces séismes en mer appelés Tsunami et qui ont été enregistrés au Srilanka, en Indonésie etc.

En Côte d’Ivoire, le traitement de l’information environnementale, bien qu’ayant connu en 2006 un intérêt sans précédent, du fait de la catastrophe des déchets toxiques déversés à Abidjan, reste encore timide par les médias. Il est assuré par quelques rares journaux dont Fraternité Matin aura été jusqu’ici, le plus représentatif. Pourtant, l’on avait pensé qu’à partir de cet évènement, la promotion effective de ce type d’info était ainsi amorcée, comme ce fut le cas aux Etats-Unis, avec l’avènement des problèmes de pollution des eaux, provoqués par le rejet des eaux usées, dans certaines industries, les fuites de pétroles etc. dont nous venons de parler. C’est dire qu’ici, la mayonnaise n’a toujours pas pris et qu’il va falloir encore aiguillonner davantage les responsables des médias, afin qu’ils s’y intéressent véritablement. C’est l’objectif du présent atelier, mais aussi votre mission au sortir de cette formation.

  1. DEFINITION DE L’INFORMATION ENVIRONNEMENTALE

L’information environnementale se définie comme toute nouvelle, tout fait, tout évènement, toute action relevant du domaine de l’environnement, qu’il convient de porter à la connaissance du grand public. Ce faisant, elle doit nécessairement revêtir un caractère essentiellement informatif.

Quant au vocable environnement, il reste encore malaisé à définir avec exactitude. Le dictionnaire le présente comme l’ensemble des conditions naturelles, c'est-à-dire physiques, biologiques, chimiques, mais aussi culturelles et sociologiques, à même d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines. Cela dit, il est déconseillé de parler d’environnement global. C’est pratiquement un non sens, étant donné que le vocable environnement renvoie à un ensemble. Du coup, on ne doit pas non plus entendre par environnement, le l’unique milieu naturel, auquel cas il conviendra de parler d’environnement naturel ou biophysique. Cependant, le concept de l’environnement n’est pas statique. Il a évolué et continue d’évoluer au fil des ans. Le vocable environnement lui-même a commencé à être vulgarisé, avec la volonté manifestée par les écologistes de donner une définition plus ou moins précise de leur science. Le terme écologie a été usité pour la première fois en 1866. Quant au vocable écosystème, son usage remonte à l’année 1935. La notion de gestion de l’environnement, qui viendra bien après, désigne elle, toutes ces interventions qui ont pour effet de protéger, de conserver, de mettre en valeur et d’aménager. C’est aussi une utilisation intégrée, ainsi qu’une mise en réserve…

  1. LE //Glossary Link PROFIL DE L’INFORMATION ENVIRONNEMENTALE EN AFRIQUE

S’il est indéniable que l’information environnementale doit avant tout être une nouvelle, il ne faut cependant pas toujours attendre à ce qu’elle soit absolument liée à un évènement, comme le déversement des déchets toxiques à Abidjan, pour voir les médias lui consacrer des colonnes entières pendant plusieurs semaines.

L’information environnementale en Afrique et singulièrement en Côte d’ivoire, doit nécessairement mettre en exergue, les conséquences d’ordre sanitaire, économique, culturel et social des déséquilibres écologiques que suscitent les activités des populations. Et singulièrement de certains gros opérateurs économiques, de multinationales friandes de corruption et autres destructeurs impénitents de la nature. Elle doit faire une place privilégiée au traitement des sujets relatifs aux //Glossary Link changements climatiques, comme au développement propre. A la réalisation de grands projets structurants faisant fi de toute étude d’impact environnemental préalable, aux opérations d’exploitation forestière incontrôlées et surtout illicites etc. L’information environnementale ne doit donc pas se limiter à la relation des évènements catastrophiques qui se produiront. Qu’ils soient écologiques ou pas.

Le journaliste devra être à même de prévenir, alerter son public sur ce qui pourrait, bien arriver si telle ou telle pratique préjudiciable à l’équilibre écologique se poursuivait. Tant il est vrai qu’à travers le rôle d’éducateur de la société qu’on lui reconnaît, il doit parvenir à doter progressivement les populations d’une véritable conscience écologique. Tout cela, dans la noble optique d’éviter au continent, de reproduire les erreurs dommageables aux équilibres environnementaux, que les nations développées ont commises, dans leur //Glossary Link processus de développement tous azimuts.

L’usage des grands genres que sont les enquêtes, reportages et dossiers est ici recommandé. En ce sens qu’ils permettent des traitements plus denses, variés suffisamment fouillés et attractifs des faits en la matière. En effet, l’enquête a pour particularité de démontrer la véracité d’un fait, à partir des recherches et investigations menées par le journaliste. Tandis que le reportage a pour caractéristique définitionnel de montrer, relater les faits dans toutes leurs réalités, de sorte qu’à la lecture, le lecteur les revive, s’imprègne de leur véracité comme s’il les voyait, les observait ou les vivait au moment précis où il prend connaissance du récit que lui en fait le reporter. Pour ce faire, le journaliste doit pouvoir prêter ses sens au lecteur, tout en sachant décrire toutes les sensations, impressions, etc. que lui inspirent les faits. Dans le traitement de l’information environnementale, le respect constant de ces caractéristiques est absolument indispensable.

  1. LA PASSION ET LA CULTURE DU COMMUNICATEUR ENVIRONNEMENTALISTE

Pour réussir le traitement de l’information environnementale tel que susmentionné, il est indispensable pour le journaliste d’être en permanence disposé à suivre l’évolution des sujets environnementaux. Une habitude qui caractérise tout journaliste spécialisé. Mais cette habitude ne peut être réellement acquise que par l’entremise d’une véritable passion pour l’environnement. Et c’est justement cette passion, sous tendue par un esprit assez critique porté sur les mutations subies quotidiennement par son environnement, qui doit sans cesse animer le journaliste. Lequel, répétons-le, joue en la matière un rôle d’éveilleur de conscience écologique de la population. A ce titre, nous insistons pour dire qu’il ne doit pas attendre que la catastrophe se produise pour prendre sa plume ou son micro. Mais, cela ne veut pas dire non plus qu’il doit fabriquer de faux faits pour les servir à son public, ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit.

Mais, toutes les qualités de bon journaliste spécialiste des questions environnementales ne l’habiteront et ne lui serviront réellement que s’il est pétri de la culture du domaine. C'est-à-dire maîtriser parfaitement les moindres détails des notions de « L’ECOLOGIE, LA BIODIVERSITE ET SES FONCTIONS, LE CLIMAT, LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, LES POLLUANTS, LA POLLUTION DES EAUX DE L’AIR, LES FONCTIONS ECOLOGIQUES DES FORÊTS, LA DESERTIFICATION ET SES CONSEQUENCES, LES EROSIONS MARINES, EOLIENNES ET PLUVIALES, LES ZONES HUMIDES RÔLES ET CARACTERISTIQUES, LES ENERGIES RENOUVELABLES, LE DEVELOPPEMENT DURABLE etc. » De même que les différentes conventions des Nations Unies sur ces thèmes susmentionnées, ainsi que les autres accords internationaux qui s’y rapportent.

En clair, les notions qui vous seront enseignées au cours du présent atelier ne suffiront pas pour vous affirmer dans le traitement de l’information environnementale. Il vous appartiendra d’apprendre davantage, pour mieux contribuer à l’éveil de conscience de vos compatriotes, par rapport à la protection de nos écosystèmes. Comme vos collègues des pays développés et de l’Amérique Latine, il vous appartient de nourrir des convictions, de les défendre contre vents et marrées en dépit de toutes les menaces dont vous ferez l’objet, d’éviter de toujours caresser dans le sens du poil les décideurs et autres responsables des politiques environnementales nationales.

Et sachez que, les journalistes spécialistes de l’information environnementale, ont souvent dérangé dans la dénonciation des différentes atteintes à l’environnement. D’aucuns ont bien failli y laisser leur peau. D’autres ont été emprisonnés ou grièvement blessé lors des agressions qu’ils ont subies.

En effet, le 20 février 2008, Yann Arthus- Bertrand et dix de ses collaborateurs qui sont des techniciens, assistants, producteurs ont été arrêtés à l’aéroport de Puerto Iguazu, en Argentine, alors qu’ils effectuaient un reportage pour son émission intitulée « Vu du ciel ». Ils menaient une enquête sur la polémique qu’avait provoquée la construction d’un barrage hydraulique à Yacycreta. Ils seront relaxés après cinq jours de détention après le versement d’une caution. Mais c’est tout cela qui fait de Yann Arthus-Bertrand à ce jour, l’un des meilleurs communicateurs défenseurs de l’environnement et surtout respectés de tous. Et sachez que comme lui, à travers le monde, plusieurs autres journalistes environnementalistes ont été inquiétés, agressés voire tués pour avoir écrit contre la destruction de l’environnement.

En tout état de cause, la situation de ceux-ci ne doit pas vous effrayer ou vous empêcher d’une manière comme d’une autre d’aimer cette spécialité professionnelle qui reste passionnante et surtout hautement contributrice au maintien de l’équilibre écologique du monde. Un fait dont l’avenir de l’humanité tout entière dépend.

VI CONCLUSION

En conclusion, retenons tout simplement que l’information environnementale reste à vulgariser en Côte d’Ivoire. Et cela ne saurait être le fait d’autres personnes que les communicateurs que vous êtes. C’est même une action capitale qui doit s’imposer à notre conscience de journaliste. Car, il y va de notre contribution à la sauvegarde de la planète. Une tâche noble qui passe inévitablement par la conduite, l’incitation de nos concitoyens à développer une conscience écologique, sans laquelle ils ne sauront avoir les réflexes, gestes et propos allant dans le sens d’une réelle protection de l’environnement. Je voudrais donc vous inviter à vous y investir pleinement, avec ardeur et abnégation, sans crainte de déranger qui que ce soit, en dénonçant ce qui mérite de l’être, pour le bien être de tous. Ailleurs dans le monde, des journalistes comme Nicolas Hulot en France pour ne citer que celui là, se sont distingués en la matière, en allant jusqu’à concevoir un Pacte Ecologique. Et pourquoi pas nous en Côte d’Ivoire ? Pensons y